Suby's world V6

Je suis la maman du bourreau

Je suis la maman du bourreau est un roman français de David Lelait-Helo publié en 2022 aux éditions Héloïse d’Ormesson, et édité en poche chez Pocket en 2023. Ce livre brosse le portrait d’une femme ultra-pieuse dont les convictions vont s’effondrer face aux horreurs commises par son fils, prêtre de son état.

4ème de couverture

Jusqu’où peut aller une mère lorsqu’elle découvre que son fils parfait et adoré est un monstre…?
Du haut de ses 90 ans, Mme de Miremont est la femme la plus dure, austère et pieuse qui soit. Figée dans ses certitudes et sa foi, la vieille dame ne vit que pour Dieu et pour son fils, le père Pierre-Marie.
Quand les crimes du prêtre sont révélés au grand jour, Gabrielle vacille, l’armure se fend. Il lui faudra peu à peu baisser la garde pour dénouer les fils du drame.
La mère du bourreau voit devant elle se refermer les portes du Ciel et s’ouvrir le plus rocailleux des chemins de croix…

Fiche technique

Mon avis :

Je retrouve avec un immense plaisir la plume de David Lelait-Helo. Je l’avais découvert avec son magnifique Poussière d’homme. Avec Je suis la maman du bourreau, on entre dans une atmosphère radicalement différente. Ce roman, qui se dévore rapidement, est assez éprouvant. Le style est chirurgical. En peu de mots, l’auteur arrive à transmettre des impressions intenses et terribles, qui happent le lecteur.
Attention, la suite de cette review comporte des risques de spoils (quoique, ce que je vais exposer est aussi explicitement dit dans la quatrième de couverture)

Un tragique portrait de femme

Cette histoire est avant tout un magnifique et tragique portrait de femme. Madame de Miremont, de prime abord, n’est pas des plus attachantes. Plutôt froide et distante, pétrie de certitudes et de religiosité. Pour elle, les portes du Paradis lui seront grandes ouvertes, tant sa conduite se veut irréprochable, dans le respect des enseignements de la Bible.
Pourtant, c’est une femme passionnée. Et elle va trouver en son fils la véritable passion qui guidera une bonne partie de sa vie.

J’ai porté trois enfants. Deux n’ont fait que passer, le troisième est resté en moi, accroché à moi. Deux ont logé dans mon ventre, le dernier dans mon âme.
Mon fils. Mon amour. Mon Dieu.
Ma chute.

Cette brève citation, extraite du troisième chapitre, expose de manière concise, et néanmoins si révélatrice, le drame qui va se nouer. Quand les prémisses du scandale arrivent à ses oreilles, elle n’y croit absolument pas. Tellement de personnes tentent de salir l’Église. Elle va décider, telle une croisée, de partir en guerre contre cette diffamation éhontée. Jusqu’à rencontrer la prétendue victime qui témoigne masquée à travers la presse.

Donner la parole aux victimes de pédophilie, un espoir de reconstruction

Cette rencontre sera extrêmement éprouvante, tant pour elle que pour le lecteur. Le scandale ne se contente plus d’être de simples mots. Le scandale a un visage. Celui d’Hadrien, professeur meurtri dans sa chair et qui peine à se reconstruire, malgré le temps qui a passé. Leur confrontation exposera le Mal à la lumière crue de la vérité. Dans un dialogue à la calme apparence, sans éclat de voix, l’adulte dévoilera son passé d’enfant, violé par un prêtre, avec une précision sordide, choquante et pourtant sans volonté aucune de nuire. La vérité dans son plus simple appareil. Les mots pour décrire l’indicible, pour exorciser cette violence abjecte qu’il a subie et peut-être enfin guérir.

Pour Madame de Miremont commence un véritable chemin de croix. Au fond d’elle-même, en voyant et en écoutant Hadrien, elle est convaincue qu’il lui dit la vérité, aussi horrible qu’elle soit. Ses certitudes s’effondrent. C’est le début de la chute, d’autant plus cruelle qu’elle n’est pas étrangère à ce drame qui la frappe de plein fouet. Car le criminel qui a abusé d’Hadrien, ce monstre de vice et de luxure, n’est autre que Pierre-Marie, son prêtre de fils.

Une plume vivante

C’est peu dire que le style de l’auteur est vivant. Je ne me suis pas du tout identifié à Madame de Miremont. Cependant, la plume concise et acérée, mais sensible, de l’auteur a imprimé au plus profond de mon âme, les tourments vécus par cette femme. J’ai trouvé ce roman très théâtral, dans le bon sens du terme. Au fil des pages, je m’imaginais une mise en scène sur les planches. D’ailleurs, Clémentine Célarié en a fait un seule en scène. Le personnage de Madame de Miremont a tout des grandes figures des tragédies grecques, dans ce drame intense et intime.

Bref, vous l’aurez très certainement compris : ce roman a été un grand coup de cœur.